Sanctuaire : entretien avec Alexandre Malagoli

Premier acte de La Trilogie du Roi sauvage, Sanctuaire marque le retour au front d’Alexandre Malagoli, l’auteur de La Pierre de Tu-Hadj et de Génésia : Les Chroniques pourpres.

Contacté pour les besoin du dernier numéro de Neverland, Alexandre a bien voulu répondre à quelques questions afin de présenter son dernier bébé. On vous livre ci-dessous la version intégrale de l’entretien.

Hello Alexandre !
Tes débuts dans la Fantasy ne datent pas d’hier et te voilà à nouveau en selle pour une nouvelle histoire de Fantasy. Ton rapport avec le genre a-t-il évolué depuis la sortie de tes précédentes œuvres ? Et qu’apporte-t-il aux lecteurs, à ton avis ?

Je ne dirais pas que mon rapport a changé. J’aime toujours les mêmes choses, même si j’apprécie que les auteurs dépoussièrent un peu certains aspects du genre, notamment en s’inspirant des techniques de narration contemporaines, issues par exemple des séries télé, des comics, etc. Mais sur le fond, je veux continuer à lire le même genre de livres qui m’ont toujours enchanté. Chacun son truc, mais moi ce que j’aime par-dessus tout, c’est la BVF (Bonne Vieille Fantasy), les gros cycles épiques à l’américaine, même si je reconnais que d’autres courants ont aussi produit quelques joyaux.

Quant à ce que ça apporte aux lecteurs, je suppose que la Fantasy les divertit, bien sûr, mais elle nourrit également des attentes inconscientes, elle donne des repères, et introduit dans nos vies quelque chose d’intemporel, d’éternel. Ce moment où on prend un bouquin de Fantasy, c’est un moment où on suspend notre attirance bourgeoise pour le nouveau et le bizarre, un moment où un conteur nous prend par la main en nous disant « Il fut un temps… », et c’est parti, on décolle, on n’y est plus pour personne. En tous cas, c’est comme ça que ça marche sur moi. Ensuite, on revient au monde réel en meilleur état qu’on ne l’avait quitté.

Je crois savoir que tu portes une affection toute particulière à Robert Jordan ?

En effet, c’est un grand maître. Le chaînon manquant entre Tolkien et les meilleurs auteurs contemporains. La Roue du Temps est un exemple fabuleux de ce que j’essayais d’expliquer juste ci-dessus. On plonge dans ce cycle en profondeur, il nous nourrit, on en ressort plus paisible et mieux armé pour affronter le monde réel.

Je crois que cette série reste ma référence majeure. Peut-être pas ma préférée (de toute façon, étant un lecteur boulimique de Fantasy épique, j’aurais bien du mal à établir un classement parmi les œuvres que je préfère) mais en tous cas la référence absolue. À chaque fois que je me demande : « à quoi ça doit ressembler, un bon livre de Fantasy ? », je retombe sur La Roue du Temps.


Tu nous reviens avec Sanctuaire. Pour commencer, pourrais-tu nous dire comment cette nouvelle histoire est née dans ton esprit ?

Difficile à dire. Je tourne autour depuis des années. J’avais un univers sur lequel j’avais beaucoup travaillé, des personnages et des destins qui le traversaient, mais j’ai eu beaucoup de mal à trouver par quel bout je voulais prendre tout ça. Quels étaient le meilleur angle d’attaque, la meilleure histoire à raconter pour y accueillir le lecteur. J’ai décidé de faire, pour commencer, ce que je connaissais, c’est-à-dire une aventure d’adolescents confrontés à leur destin héroïque. Quelque chose de très lisible, facile, divertissant tout du long, le genre de livre sans prétention qu’on lit sans se poser de questions. Ça m’a paru une bonne manière de présenter mon nouvel univers, et de donner au lecteur l’envie de me suivre.

Quel lien pourrais-tu faire entre le premier volume du Roi Sauvage et tes livres précédents ? Et à l’inverse, quelles différences trouves-tu ?

Le lien évident, c’est qu’il s’agit à nouveau d’une série de « High Fantasy » initiatique, avec des héros adolescents qui apprennent la magie. J’adore ça, ces livres ont nourri mon appétit de lecteur pendant des années et c’était déjà ce que je voulais faire quand j’ai commencé mon précédent cycle. Je ne suis cependant pas entièrement satisfait de ce dernier. Ma motivation était donc de relever ce défi avec succès, avant de passer éventuellement à autre chose.

Les différences… Pour commencer, je suis à peu près sûr que La Trilogie du Roi Sauvage est meilleure que mes écrits précédents. J’ai travaillé dur, j’ai pris ça au sérieux, je me suis investi de manière très assidue. Ensuite, j’ai préparé la série très en amont, parce que je voulais que chaque volume raconte une nouvelle histoire et possède une vraie fin. Je conserverai l’univers de cette trilogie pour mes romans à venir. Dix ans de travail, plus de mille pages de notes : je sais déjà que je n’en aurai pas fait le tour en trois volumes. La Trilogie du Roi Sauvage se suffira à elle-même, elle est construite pour former un tout cohérent. Mais ensuite, je pense entamer une fresque plus longue, située dans le même univers.


Ton histoire est portée par six personnages, les orphelins acceptés au Sanctuaire. Comment t’y es-tu pris pour gérer cette vaste équipe ?

Par une gestion assez classique de personnages/points de vue, en m’inspirant de ce qu’a fait George Martin entre autres, avec le nom du personnage concerné en tête de chapitre, etc. Je trouve que ça fonctionne très bien en général, c’est simple et efficace. La différence, c’est que ma trilogie n’est pas une immense fresque avec trente personnages principaux, donc c’était beaucoup plus facile pour moi ! Dans Sanctuaire, il y a une relative unité de lieu, l’action est ramassée et tous les personnages gravitent autour des mêmes enjeux.

Après quelques temps en leur compagnie, quelle relation entretiens-tu avec eux ? As-tu des chouchous ?

Sans surprise, je les aime tous, y compris les salauds. On est un peu la maman de ses personnages, c’est comme ça. Après, je ressens peut-être une empathie particulière envers Alister et Laka, mais vraiment, je les aime tous.

Peux-tu nous parler de ton ingénieux système de magie, le Wyrd ?

Le Wyrd est la force qui sous-tend l’univers, c’est très similaire à la Force dans Star Wars, en somme. Sauf que le Wyrd se décline en cinq couleurs, qui s’organisent selon un cycle dans lequel chaque couleur a la faculté de neutraliser les pouvoirs de la suivante. Pour prendre un exemple que tout le monde connaît : dans cet univers, la magie est un grand jeu de pierre-feuille-ciseaux. Comme toujours, les pouvoirs magiques se paient, et sont déterminés avant tout par leurs limites. Mais en l’occurrence, il ne s’agit pas de respecter les lois de la thermodynamique ou un quelconque équilibre de ce type. Pas besoin de « rembourser » l’énergie utilisée par les pouvoirs, puisqu’on agit directement sur le Wyrd, sorte d’ADN de la réalité. Les limites de cette magie sont plus souvent liées à l’influence des couleurs sur les humeurs et le tempérament du Chevalier.

Bon nombre de lecteurs nous demandent comment se porte ton précédent cycle, Les Chroniques pourpres. Que souhaites-tu leur répondre ?

Une intégrale contenant les trois premiers volumes, plus le quatrième inédit, sort en décembre prochain. La série sera alors complète.

Je ne peux pas faire grand-chose d’autre que m’excuser platement envers les lecteurs qui avaient aimé les trois premiers livres, et qui auront attendu des années pour pouvoir enfin lire le dénouement de l’histoire. Des événements indépendants de ma volonté, et parfois une volonté défaillante face aux événements, m’ont fait prendre ce retard monstre. C’est nul, je suis terriblement navré, et bien décidé à ne plus jamais faire ce genre de coup à mes lecteurs.

Sur le cycle en lui-même : je ne vais pas mentir, Les Chroniques pourpres ne seront jamais ma série préférée. Mais je sais qu’il y a des gens qui avaient bien aimé, pour de bonnes raisons. (En gros, en se montrant indulgents avec les défauts de ce cycle parce qu’ils en appréciaient les qualités, ce qui m’avait fait chaud au cœur à l’époque.) Bref, ils se sont attachés aux personnages, à certains aspects du décor et de l’intrigue, ils ont dépensé leurs sous pour acheter les trois premiers, et méritent évidemment d’avoir la fin de l’histoire. Je fais donc de mon mieux pour bien boucler la série, avec un final qui ne les décevra pas.


Quels sont tes projets dans les temps à venir ?

Au présent, terminer le dernier tome des Chroniques pourpres, donc. Dans un avenir proche, peut-être un projet de feuilleton en numérique, dont le principe (faire quelque chose d’assez fun et accrocheur à chaque épisode pour le lecteur n’ait d’autre choix que de revenir la semaine suivante) m’excite pas mal.

Et bien sûr, La Trilogie du Roi Sauvage, dont j’aimerais bien que le deuxième volume sorte moins d’un an après le premier. Depuis que je suis sérieusement de retour au clavier, j’ai retrouvé mon rythme d’écriture, c’est-à-dire rapide. Je suis très confiant pour tout ça.

La question rituelle : pourrais-tu résumer Sanctuaire en trois mots seulement ?

« Bonne vieille Fantasy » ? 🙂

Une réflexion au sujet de « Sanctuaire : entretien avec Alexandre Malagoli »

  1. Ping : Brèves et trucs Geeks du vendredi 7 septembre 2012 | Le blog de la Fantasy Team

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *