Stefan Wul : humaniste, poète et visionnaire

Après une première partie consacrée à la présentation de l’homme, nous allons cette fois étudier son œuvre et tenter d’expliquer pourquoi elle a été aussi importante, et pourquoi elle le restera.

Portrait de Stefan Wul par Gerald Parel.

Les explications du succès des romans de Wul sont nombreuses. Nul doute qu’à l’époque, c’est son style qui lui a permis de faire son nid. Il avait une approche littéraire qui manquait à ses prédécesseurs de la collection « Anticipation » – c’est sans doute une des raisons pour lesquelles la collection pouvait être mal aimée par certains lecteurs exigeants.

Ajoutons à cela sa spontanéité. Stéphane Marsan dit de lui qu’il a avait l’intuition du récit. Entendez par là que Wul ne fabriquait pas ses histoires à l’avance. L’écrivain a de tout temps précisé qu’il avait toujours travaillé sans plan ni ligne directrice, préférant développer son idée de départ au fur et à mesure, Noô étant l’exception qui confirme la règle. C’est difficile à croire, mais la majorité des retournements de situation qui ponctuent son œuvre sont donc le fruit de l’improvisation ! Nombre de fans s’accordent pour dire qu’ils avaient le sentiment de découvrir l’histoire en même temps que l’auteur lui-même.

Cette sensation saisissante est aussi amenée par le milliard d’idées fortes qui imprègnent l’œuvre de Wul. C’est sa marque de fabrique, pourrait-on dire. Son imagination débordante a donné naissance à des décors extraordinaires : du cimetière de fusées de Terminus 1 au fleuve de cadavres de la planète des draags dans Oms en série, en passant par les forêts aussi luxuriantes que dangereuses de Piège sur Zarkass. De plus, il avait le chic pour donner corps à des images très précises (et souvent très belles) en seulement quelques mots. La faune et la flore de Zarkass, pour reprendre cet exemple, fourmillent d’une vie exotique qui n’a rien à envier à celle d’Avatar.

L’écrivain qu’était Wul parlait de la science-fiction comme un peintre. Pour lui, la littérature «était un art sensuel et il souhaitait que ses lecteurs puissent distinguer couleurs et lumières. Pas étonnant, dans ce contexte, qu’il ait inspiré bon nombre d’artistes comme Moebius, Druillet ou Vatine. (On y reviendra.)

Plus fort encore, le fait que sa machine à idées fonctionne à plein régime, quel que soit le cadre ou l’ambiance de ses romans. S’il est l’un des premiers gaulois à avoir approché le space opera, et qu’il en est resté l’un des plus grands ambassadeurs, Wul était un auteur avant-gardiste. Il s’est révélé à l’aise dans n’importe quel genre apparenté : le fantastique, le scénario catastrophe ou post-apocalyptique et l’horreur. Il a même frôlé le cyberpunk, vingt ans avant que Gibson n’en fasse son principal gagne-pain ! On ne cessera de vous le dire, il était l’auteur de romans très modernes, aussi bien pour son époque que pour la nôtre.

On terminera par ce qui nous plait peut-être le plus, chez lui : son immense humanité. Tous ceux qui ont eu l’occasion d’approcher cet homme vous le diront, Pierre Pairault débordait de gentillesse. Il n’était pas politiquement engagé et ne revendiquait rien en particulier. Pour autant, ses ouvrages étaient plein de bonté. En son temps, Niourk fut presque considéré comme un pamphlet antiraciste. Mais pour l’auteur, narrer la quête d’un petit enfant noir était tout simplement normal. Les héros de Wul avaient en commun de vivre des situations délicates, pour ne pas dire désespérées.

Mais malgré les difficultés imposées par tel adversaire ou telle menace, pas une seule page de son œuvre ne vise un ennemi avec un grand E. Ce grand homme voyait naturellement au-delà. Sans jamais effleurer un quelconque manichéisme, il s’interrogeait sur le sens de la vie, et sur ce qu’elle nous réserve, de la façon la plus belle, la plus pure qui soit.

C’est pour toutes ses raisons que nous adorons Stefan Wul. Il abordait ses romans comme il abordait la vie. Avec une certaine poésie et l’envie d’aller de l’avant. Savoir que, par l’intermédiaire de notre humble maison d’édition, nous allons pouvoir partager ce riche héritage, nous comble de joie.

Voilà. Nous avons réussi à résumer (s’il on peut dire) tout ce qu’on pense de ce géant. Jeudi prochain, nous entrerons dans le vif du sujet : nos intégrales. Leur contenu exact, leur thématique… et leur directeur de collection. 🙂

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Voir les précédents articles :

  1. Qui es Stefan Wul ?
  2. Stefan Wul : humaniste, poète et visionnaire
  3. Le sommaire des quatre tomes de l’intégrale
  4. Stefan Wul en bandes-dessinées !

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