Snark : Interview (et dédicace !) de Silène Edgar, auteure de Fortune Cookies

Ca y est, les trois titres du lancement de la collection sont lâchés dans l’Interweb. On continue par conséquent nos serrages de poignes virtuelles : après Mathias Moucha et avant Jeff Balek (cliquez ici), c’est Silène Edgar qui vient vous parler de son ouvrage, qu’on ne peut décrire autrement que par le terme « roman choc ».

Bretagne, demain. Une coupure d’électricité plonge la petite vie de Blanche et Hadrien dans le noir, ainsi que toute l’Europe. Un mystérieux appel résonne sur les ondes : le gouvernement cache qu’il se passe quelque chose au Sud… la guerre ? Leur fille est loin, en vacances au-delà des Pyrénées. Hadrien décide de partir immédiatement à sa recherche, mais Blanche a peur.

Paris, après-demain. État d’urgence, peuple bâillonné. Blanche est devenue Bianca, résistante. Les opposants à la dictature médiatique utilisent les réseaux de consommation pour faire passer leurs messages, sur les barquettes de poulet, les barils de lessive ou dans les fortune cookies, mais, bientôt, il faudra aller plus loin. Bianca trouve de la force entre les bras de Joshua, et jamais elle ne parle ni d’Hadrien, ni d’Élisabeth.

Quelque chose a basculé sur la route.


Pourrais-tu commencer par te présenter aux lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

Bonjour, chers lecteurs ! Je suis très fière d’inaugurer la collection Snark avec Jeff et Mathias : c’est un honneur d’être publiée, un bonheur de travailler avec l’équipe Bragelonne et de tenter l’aventure en numérique. D’autant que je vous présenterai aussi Féelure en juin dans la même collection.

Pour me présenter… J’ai 35 ans, je suis auteur depuis cinq ans : j’ai publié pour la jeunesse une trilogie dystopique aux éditions du Jasmin dont l’héroïne, Moana, voyage dans un monde gelé par une catastrophe climatique. Pour les adultes, j’ai écrit l’an passé un petit recueil de nouvelles coquines, Les Moelleuses au chocolat… Régalez-vous !

J’ai aussi écrit un roman jeunesse avec Paul Beorn, 14-14, qui paraîtra en avril chez Castelmore. Bref, une belle année !

Raconte-nous ta rencontre avec Bragelonne, s’il te plait.

J’ai rencontré Stéphane Marsan lors d’une conférence à Zone Franche où je représentais Cocyclics avec Paul Beorn et Nadia Coste : je me rappellerai toujours de son sourire quand il a dit que nous avions fait un miracle en créant le collectif ! Après, il m’a fait confiance pour des supports pédagogiques pour Castelmore, ce qui m’a permis de rencontrer Barbara et Hélène, les pétillantes. On a bu pas mal de cocktails, aussi.

Il a fallu deux ans pour que je lui envoie un de mes textes. Il l’a aimé visiblement et il l’a fait lire à Claire qui a dit OK : c’était Féelure. J’ai alors rencontré Claire, qui est une femme formidable. C’est essentiel pour moi d’être en confiance avec mes éditeurs, c’est la base de notre travail, non ?

Et puis cet été, Stéphane et Claire ont été très touchés par les Fortune cookies, qui est dans un tout autre genre, et beaucoup plus… tragique. On a décidé qu’il serait bien de le sortir dès janvier pour des raisons… que vous découvrirez dans le roman !

Comment percevais-tu le numérique avant ? Et est-ce que ton avis a changé maintenant que tu es toi-même diffusée de cette façon ?

Je trouvais que le numérique était une alternative très intelligente au livre papier, un complément plus exactement. Je me disais que ce serait pas mal pour désencombrer les cinquante mètres de rayonnage que j’ai à la maison… Pour autant, je n’avais pas encore de liseuse. Maintenant j’en ai une et j’adore. C’est une autre façon de lire, je ne me tue plus le dos en voyage, je peux lire dans le noir et si ça me permet d’acheter des livres neufs moins chers, c’est tout bénèf’ pour mon porte-monnaie. Je n’abandonnerai jamais mes livres en papier mais j’apprécie aussi la modernité. Et chez Bragelonne, la politique en terme de numérique est vraiment excellente : livres pas chers et de bonne qualité, avec pour les auteurs une vraie rémunération. Ils ne se moquent ni des lecteurs ni des auteurs !

Parlons de Fortune Cookies. Comment est né ce livre et qu’est-ce qui a motivé son écriture ?

Vous ne vous êtes jamais demandé ce qu’il se passerait si un jour tout s’écroulait autour de vous ? Pas comme dans un film catastrophe, non, une vraie guerre ou une crise économique majeure, comme en 1929. Des Américains sont morts par milliers à cette époque, on n’en parle pas souvent. Je voulais imaginer ce possible-là, aujourd’hui.

J’avais une autre question dans la caboche : et si vous deviez vous engager dans un combat pour la liberté ? Je suis petite-fille de résistant alors j’y ai pensé pour ma part ; et puis c’est un peu un fantasme de jeune révoltée, à l’âge où tout est tout blanc ou tout noir ; bref, tant que je n’avais pas d’enfants, ce n’était pas compliqué de m’imaginer sur une barricade. Mais brandir le drapeau rouge d’une main et tenir la main de votre enfant de l’autre, c’est autre chose : on met les pieds sur terre !

Enfin, j’ai beaucoup repensé à Moana, ma dystopie jeunesse, qui est bien moins sombre mais qui pose aussi les questions de l’effondrement et de la résistance. Je voulais une version pour adultes, pour aborder le sujet sans prendre de pincettes.

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Photographie de Jean Deslandes


La narration à deux époques s’est-elle imposée d’elle-même dans ton esprit ?

Oui, c’était l’idée de base, mélanger les deux intrigues pour que la fin explose, comme un cocktail molotov. Que le lecteur ne puisse pas lâcher l’un ou l’autre des personnages, que les réponses de l’une soit dans les chapitres de l’autre et inversement. Et surtout, montrer qu’on ne peut pas mettre les gens dans des cases : Blanche et Bianca, ce sont deux faces différentes de la même femme. Et sans doute qu’elle en a d’autres !

Des fois, je suis tentée par l’idée d’écrire l’histoire de Joshua, de ses autres facettes.

Fortune Cookies sonne comme un avertissement… Souhaitais-tu délivrer un message ?

Oui, il y a un message, même si le lecteur n’est pas obligé de l’écouter, même si je sais que je ne suis pas la seule à le lancer, comme en témoignent tous les extraits de chansons en tête de chapitre. J’ai placé en exergue un poème d’Aragon pour dire cela, je vous cite les deux derniers vers : « Du moment que jusqu’au bout de lui même le chanteur a fait ce qu’il a pu / Qu’importe si chemin faisant vous allez m’abandonner comme une hypothèse. »

Mais tous les textes de loi que je cite sont vrais, ce sont nos lois en France et il ne faut pas s’endormir, nous pouvons basculer très vite dans l’horreur. Le roman se passe aujourd’hui, c’est maintenant, le contexte n’est pas une fiction. Les pays du Sud sont de plus en plus pauvres, les gens meurent de faim en Grèce et la misère s’étend partout : on ne peut pas juste fermer les yeux sur ce qui se passe en Europe. Comme disait Marx : « Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre. » C’est mon leitmotiv dans l’écriture !

La question est basique, mais je ne peux m’empêcher de la poser : as-tu mis beaucoup de toi dans ton histoire ?

Pas mal de tripes, oui… L’écriture de ce roman a été très anxiogène pour moi : comme je n’arrivais pas à écrire Fortune Cookies, j’ai écrit Féelure, qui est un roman comique, avec des fées déjantées, qui pose aussi la question du choix, mais de façon ludique et rigolote. Grâce à ce texte, j’ai réussi à passer le cap et Fortune Cookies est apparu aux bouts de mes doigts. Certaines scènes ont été très dures à écrire et il a fallu pas mal me creuser les neurones pour que les deux intrigues se tiennent et se nourrissent l’une l’autre. Et aussi pour que ce ne soit pas un roman trop noir, qu’il y ait de la lumière au bout du tunnel, malgré tout !

Bref, des tripes et des larmes, mais quelques éclats de rire malgré tout !

Question rituelle : comment résumerais-tu cette œuvre… en seulement trois mots ?

Choix. Combat. Enfant.

Enfin, peux-tu nous parler de tes projets ?

Après mon printemps un tantinet chargé avec ces trois sorties chez Bragelonne ? Hi hi ! Je dois bosser sur un roman pour Castelmore, un projet qui me tient beaucoup à cœur, dans la même optique que 14-14 : parler du passé en utilisant le fantastique… direction 1572 ! Et j’ai le projet d’écrire une histoire de loups-garous un peu frappés pour Snark, dans la lignée de Féelure. Ces deux romans me permettront de recharger les batteries avant d’attaquer un très gros morceau, en 4 tomes, dans l’esprit de Fortune Cookies. J’ai peut-être l’air de partir dans tous les sens avec mes publications très variées mais en fait, il y a un fil directeur ! Il tient dans les trois mots que j’ai choisis au-dessus…


Et voilà. À ce stade, vous êtes au moins très, très curieux.

Sachez que si vous comptez lire Fortune Cookies dans les prochains jours, vous aurez l’occasion de faire dédicacer votre exemplaire numérique par l’auteure.

En effet, une séance de signatures est organisée le samedi 1er février par la Librairie L’Amandier, située au n°45 du boulevard Richard Wallace à Puteaux. Silène Edgar vous attendra de 10h30 à 13h00 ! Plus d’informations sur le site web de l’établissement.

En plus, il y aura sans doute les premiers exemplaires imprimés du livre à disposition pour ceux qui veulent l’avoir en version physique !

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