Snark : Interview de Jeff Balek, auteur du Rêve Oméga

Après les entretiens de Mathias Moucha et de Silène Edgar, voici celui du dernier membre de la trinité du lancement de Snark.

Fondateur de Yumington, Jeff Balek sévit sur la Toile depuis plusieurs années et l’enrichit sous de nombreuses formes. Le Rêve Oméga est l’une d’elles, ainsi que le premier roman feuilleton publié par Snark. Le premier épisode est disponible depuis une semaine et a déjà atteint les sommets de plusieurs classements de titres gratuits.

Autant de raisons de faire connaissance avec cette riche personnalité.

On vous laisse en sa compagnie, non sans vous avertir que d’autres billets dédiés à Snark suivront : les interviews des prochains auteurs (à commencer à Cécile Duquenne et Christelle Verhoest) et une foire aux questions réalisée à partir de celles que vous avez posé (voir ici).

Sur ce, bonne visite de Yumington, et bon week-end !


Yumington, 2075.

Garibor Coont est un ouvrier disséqueur. Son métier : extraire les organes des morts afin de les préparer à la transplantation. Si son quotidien est banal, ses hobbies le sont bien moins : Coont a la capacité extraordinaire de décoder les mémoires d’Heisenberg, les implants mentaux dont est équipé l’essentiel de la population de Yumington. Un don qui va attirer l’attention de l’Organisation, une société secrète dont l’objectif est de résoudre des crimes aussi technologiques que mystérieux.

Sous la contrainte, Coont devra enquêter sur la propagation d’un virus mental et mortel qui dévore les souvenirs de ses victimes. Et ce qu’il apprendra l’amènera à remettre en cause sa propre identité.


Hello Jeff. Pour commencer, dis-nous comment es-tu arrivé chez Bragelonne.

Je suis en contact avec de nombreux acteurs de l’édition en général et de l’édition numérique en particulier. C’est ainsi que j’ai rencontré Alexandre et Émilie de e-Dantes (NDLR : diffuseur numérique de Bragelonne, entre autres maisons d’édition). Deux grands pros de l’édition avec un très grand cœur. Bref, deux personnes formidables. De fil en aiguille, j’ai rencontré Claire (Deslandes), une non moins belle personne. C’est ainsi que j’ai fait connaissance avec l’équipe de Bragelonne. Un vrai bonheur de travailler avec eux.

Comment percevais-tu le numérique avant ? Et est-ce que ton avis a changé maintenant que tu es toi-même diffusé de cette façon ?

Je suis tombé dedans très jeune, donc le numérique a toujours été très naturel pour moi. Je considère le numérique comme un extraordinaire champ d’expériences créatives. Sans le numérique, Yumington n’existerait pas comme telle. Cela permet de réelles interactions avec les lecteurs, avec en particulier la co-création, sous forme de jeux de rôles narratifs. L’expérience Yumington 2012 : All Sinners, par exemple, durant laquelle j’ai proposé aux habitants de Yumington de raconter leurs propres aventures. Ce furent 5 jours de jeu littéraire, 24 heures sur 24, d’une exceptionnelle intensité.

Au-delà de mon avis, c’est aussi la manière d’écrire qui évolue avec le numérique. Une écriture qui me convient bien, car elle est très naturelle pour moi. Je veux insuffler un rythme très particulier dans mes romans. On dit souvent que mon style est très dépouillé, presque scénaristique, avec des chapitres très brefs. C’est en effet mon intention. Beaucoup de lecteurs ne disposent pas de liseuses ou de tablette et lisent sur leur smartphone. Je veux que tous puissent lire confortablement mes romans. Des chapitres trop longs seraient illisibles sur ce type d’appareil. Tous les romans de Yumington sont donc conçus pour être lus aussi sur des téléphones portables.

Parlons de ton livre. Ou plutôt de ton univers littéraire : comment est née la ville de Yumington, et dans quelles circonstances ?

La ville de Yumington est née avec Le Waldgänger, ma première série. Je me suis attaché à cet environnement, qui est d’une très grande plasticité. Puis des lecteurs ont commencé à s’approprier cet univers narratif. Régulièrement, je reçois des messages du type « tiens, je suis en train de prendre un verre au Crying Raven » (un bar de Yumington) ou « j’ai enfilé une doudoune parce qu’il neige sur Yumington aujourd’hui » (oui, vous pouvez consulter la météo de Yumington en temps réel). Yumington est ainsi devenu un game play narratif très riche.

J’imagine aujourd’hui un univers que je projette sur 10 ans d’écriture avec des histoires couvrant toutes les époques majeures de cette ville. Mais Yumington n’est pas une ville imaginaire comme les autres. Au risque d’être un peu complexe, c’est bien plus que ça. C’est le « lieu » de réalités diffractées. Nos réalités d’aujourd’hui projetées dans des ailleurs possibles. Mais ceci fera l’objet d’une future série.

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Toi qui connais bien le sujet, pourrais-tu résumer aux lecteurs ce qu’est la narration transmédia ?

La narration transmédia, c’est avant tout du deep content, à savoir des contenus multiples, complémentaires, cohérents et congruents. Ainsi, Le Rêve Omega, c’est une série de livres numériques, mais aussi des publicités pour des entreprises qui n’existent pas, Le Journal du Voyageur 2075 (une histoire dans l’histoire qui apporte des éclairages nouveaux à la réalité de Yumington de cette époque).

Bien entendu, chaque contenu doit être encapsulé dans les formats qui lui conviennent le mieux. Si la série Le Rêve Oméga est un livre numérique, Le Journal du Voyageur est tout aussi naturellement un blog.

Je travaille actuellement à l’écriture d’un show TV qui se déroule à Yumington en 2075. Ce show trouvera sa place dans une « projection » vidéo sur le net. Reste à trouver les financements… Le plus difficile sans doute. Dans le même ordre d’idée, Le Waldgänger a fait l’objet d’un album rock composé par le groupe Hopkins.

Mais la notion de transmédia ne serait rien sans le lien social. Les comptes Facebook et Twitter jouent un grand rôle dans le lien qui unit les lecteurs de Yumington, tout comme la newsletter de la ville qui offre un appartement dans la ville à ses souscripteurs.

Voilà ce qu’est le transmédia, sans vouloir faire de théorie et sans vouloir entrer dans des approches trop détaillées.

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Le Rêve Oméga dévoile l’une des nombreuses facettes de Yumington. Comment se distingue-t-elle des autres ?

Elle se distingue tout d’abord par une époque différente, bien entendu. J’ai aussi voulu que cette époque soit plus nodale que les autres. Autant Le Waldgänger est très sériel, autant chaque épisode du Rêve Oméga est une enquête à part entière. Mais bien sûr, chacune de ses enquêtes est l’élément d’un puzzle qui va conduire le héros à découvrir une vérité plus générale.

Grâce à (ou à cause de ?) ton imagination fertile, cette histoire a subi beaucoup de changements entre son élaboration et son écriture. Comment/pourquoi ?

Dans un premier temps; j’avais écrit une bible qui devait être le thème de Yumington 2075: le transhumanisme. Cette bible a fait l’objet d’un contrat de production qui ne m’autorise pas à écrire les livres associés. J’ai donc imaginé une toute autre histoire. Un défi intéressant, car cela a élargi mes angles d’écriture et m’a permis d’aborder des thèmes plus nombreux liés au futur de l’être humain, comme celui, par exemple, de la plasticité neuronale, qui est le sujet du premier épisode du Rêve Omega. Comme souvent, ce sont les contraintes et les obstacles qui favorisent la création.

Y a-t-il un message que tu souhaiterais adresser à tes nouveaux lecteurs, et un autre à ceux qui te suivent depuis un moment ?

Oui. Comme je l’ai dit précédemment, Yumington, ce ne sont pas que des romans. C’est aussi tout un univers narratif et de dialogues. Si vous êtes lecteurs n’hésitez donc pas à ouvrir la porte en particulier en « likant » la page Facebook de la ville : facebook.com/yumington.

Vous y découvrirez des bonus réservés aux abonnés qui vous donneront d’autres points de vue sur l’univers. Et si vous souhaitez, comme d’autres l’ont fait déjà, raconter vos propres histoires dans Yumington, n’hésitez pas à me contacter.

Question rituelle : comment résumerais-tu cette œuvre… en seulement trois mots ?

Dystopie paranoïaque transhumaniste.

Enfin, quels sont tes projets ?

Beaucoup de projets en cours, comme d’habitude :

  • La réécriture du Waldgänger en cours.
  • Une web-série en cours de tournage.
  • Une web-série en finalisation d’écriture et bientôt en recherche de production.
  • Travail sur la future saison de Yumington. (non, je ne vous dirai pas l’époque concernée.)
  • En conception d’un outil de narration qui apporte une nouvelle approche de la lecture et qui place le lecteur au centre de l’histoire.
  • Travail avec un partenaire technique qui permet d’intégrer plus d’interactivité dans l’univers et d’optimiser la narration transmédia.

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