Bienvenue à Havrefer…

Cette année 2015 commence très fort. Habituellement, les nouveaux auteurs dont l’oeuvre s’impose à nous comme un coup de coeur vous sont proposés un peu plus tard dans l’année. Mais dans la mesure où nous sommes tombés sur le roman de Richard Ford il y a plusieurs mois déjà, nous pouvons vous présenter dès à présent ce nouveau prodige de la Fantasy. Et avec lui, laissez-nous vous guider dans les rues de Havrefer, l’une des plus extraordinaires cités du monde connu.

Vous serez sans nul doute émerveillés par les multiples splendeurs de la ville… mais surveillez vos arrières, malgré tout. Car depuis quelque temps, tous ses habitants ne sont pas fréquentables. De plus, une tempête semble se préparer… Commençons la visite.

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Havrefer était jadis le symbole de la puissance de Cael l’Unificateur. Sous son règne, une paix fragile mais bien réelle régissait tous les États Libres. Mais aujourd’hui, le roi est parti affronter l’ennemi à la tête de ses troupes. Depuis, la ville pourrit de l’intérieur et les pavés des rues se couvrent de sang.

Une ombre plane désormais sur la cité portuaire : le terrible seigneur de guerre Amon Tugha approche. Son héraut s’est déjà infiltré dans la ville pour solliciter l’aide de sa redoutable pègre. Et très curieusement, c’est à ce moment qu’un sombre pouvoir, profondément enfoui dans les fondations de Havrefer, est sur le point de refaire surface.

Mais c’est aussi en ce lieu que les États Libres vont se découvrir de bien curieux protecteurs. Un vétéran instable. Un assassin désabusé. Un magicien malheureux. Un escroc alcoolique. Un voleur désespéré. En temps de crise, on ne choisit pas ses héros…

Nous l’admettons volontiers : le pitch du Héraut de la tempête est assez classique. Mais si vous lisez ce magazine, vous savez que de petites pépites se cachent régulièrement derrière leur résumé. (Et puis, on ne lui accorderait pas cinq pages si ce n’était pas le cas.) De plus, classique, c’est bien. Ne peut-on pas dire que David Gemmell, George R.R. Martin ou Raymond E. Feist sont chacun une telle approche du genre ? Si, bien sûr. Et ça tombe bien puisque Richard Ford se trouve à mi-chemin de chacun de ces grands maîtres de la Fantasy.

Établissons d’abord la parenté spirituelle avec Gemmell. Elle se fait tout d’abord par le decorum, relativement sobre pour de la Fantasy épique, qui vous est dépeint. Pas de dragons, de nains ou d’elfes, ici. Quant à la magie, bien qu’elle tienne un rôle assez déterminant, elle n’est que peu présente, car réputée dangereuse. Mais ce n’est pas tant dans la forme qu’on peut faire une liaison avec le papa de Druss. Au-delà du simple plaisir de voir un nouveau venu s’inscrire clairement dans cette lignée, lorsqu’on lui demande de résumer en quelques mots son oeuvre, Ford présente Havrefer comme la rencontre de Légende et Sur écoute (The Wire), l’une des plus grandes réussites de HBO. La comparaison avec la série TV tient en sa galerie de personnages ; ce qui nous amène à la seconde parenté…

Havrefer peut être également comparé au Trône de fer. Pas pour le métal que les deux cycles ont en commun, mais pour le talent qu’ont leur auteurs respectifs pour insuffler une véritable vie à chacun de leurs protagonistes. Il y a bien sept ou huit personnages principaux dans ce premier tome et chacun d’eux ont leur propre point de vue sur les événements.

Mais là où George Martin relate l’histoire de tout un royaume en se rendant à divers endroits de la carte, Ford situe l’action de son oeuvre en un seul lieu. Havrefer est l’endroit où tout se joue. C’est là que se déroule une partie décisive sur l’échiquier du destin et chacun des pions a un rôle déterminant. Ils sont tous liés à la cité et, parfois sans le savoir, entre eux. Par l’intermédiaire de la Bouclière Kaira, de la princesse Janessa, de Waylian l’apprentimagicien ou encore de Rivière l’assassin, vous saurez tout de la ville, de son histoire et de son avenir peu reluisant. Et chacune de leurs actions fait inexorablement avancer la roue de l’Histoire. Reste à savoir quels martyrs seront broyés par elle…

En faisant évoluer tous ces fascinants personnages dans le cadre restreint d’une seule et même ville et en leur faisant jouer leur rôle, Ford réussit un véritable tour de force : celui de construire un récit palpitant. Et c’est ainsi que nous allons aborder la dernière jonction qu’on pressent. (Je ne suis pas peu fier de mes transitions…)

Le terme peut tout à fait correspondre aux deux autres auteurs cités plus haut : l’efficacité est le maître mot du livre. Et parce qu’on lui trouve aussi un style fluide qui ne comprend aucun temps mort, il nous est difficile de ne pas penser à Raymond Feist, et à la capacité qu’a ce dernier à raconter une histoire de prime abord très simple, et à nous faire accrocher rapidement. Sans vous en rendre compte, vous serez tantôt attachés, tantôt intrigués par les figures marquantes de cette fresque.

Voilà toutes les raisons pour lesquelles Richard Ford excelle. Il maîtrise les codes, mais les tord pour leur faire suivre son plan. Il pioche son inspiration de toutes parts, mais elle sert son récit. Les matériaux qu’il utilise sont de grande qualité, et les fondations de son oeuvre des plus solides. La visite de Havrefer qu’il nous propose est tellement passionnante qu’on se laisse guider avec plaisir… quitte à être les témoins de sa chute.

Rendez-vous le 18 mars en librairie, le 20 en numérique.

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