Block 46 : entretien avec Johana Gustawsson

La collection Bragelonne Thriller accueille son premier roman français inédit. Et c’est un coup de maître. (Attentions aux âmes sensibles.)

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Comme vous le savez sans doute, surtout si vous suivez notre actualité sur les réseaux sociaux, notre collection dédiée au thriller est désormais dirigée par une experte du roman noir, Lilas Seewald.

Depuis quelques jours, l’un de ces chouchous est disponible en librairie et en numérique. Et pas n’importe lequel, puisque Block 46 est notre premier thriller écrit dans la langue de Molière. (Waldgänger de Jeff Balek était une réédition, pour rappel.)

Voici d’ailleurs comment Lilas présente le livre.

« J’ai rencontré Johana il y a quelques années, en tournant les pages d’un autre livre. Française d’origine catalane, portant un nom suédois et vivant à Londres, elle est le fruit de croisements très contemporains. Fascinée par la folie meurtrière, cette petite-fille de déporté pose une question encore taboue, à l’heure où s’éteignent les derniers témoins de la Shoah : peut-on survivre à un crime de masse et devenir soi-même un tueur en série ? Nous avons cheminé ensemble deux ans avant que n’éclose Block 46. Du moment où j’en ai lu la première page, je n’ai plus pu le lâcher… »

Lilas avait toute notre confiance avant qu’elle nous présente le pitch du bouquin. Après, cette confiance était multipliée. Une impression qui s’est confirmée lorsqu’on a lu l’ouvrage et qui est maintenant partagée par les premiers lecteurs.

Johana nous ayant accordé un peu de son temps, nous vous invitons à faire connaissance avec elle grâce à la retranscription de son interview.

Bonne lecture à tous.


Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme.
Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras.
Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie…
En Suède, Emily retrouve une vieille connaissance : Alexis Castells, une écrivaine pleine de charme spécialisée dans les tueurs en série.
Ensemble, ces deux personnalités discordantes se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944.

Johana Gustawsson avril 2015 - 6

Block 46 semble directement inspiré de votre histoire familiale ?

Effectivement. Mon grand-père paternel est un héros de la résistance française et a été déporté au camp de Buchenwald. Je me suis servie de son histoire, qui est aussi un peu la mienne, pour écrire Block 46.

Quelle fut l’étincelle ? Comment cette histoire est devenue celle d’un thriller ?

Je dirais qu’il y a eu deux étincelles, ou plutôt un feu de joie. La première, c’était il y a six ans, quand mon père est tombé gravement malade. Je me suis sentie habitée d’un désir de permanence, d’éternité en fait.

Il n’y a que les mots qui sont éternels, donc je me suis dit que ce serait peut-être une bonne idée de me pencher sur l’histoire de mon père et évidemment. Elle était intimement liée à celle de mon grand-père et de sa déportation. C’est là qu’a germée l’idée de Block 46.

La deuxième étincelle, c’était quand je suis tombée enceinte, quand j’attendais mon fils. Ou plutôt quand j’ai réalisé que j’allais devenir parent, ce qui est arrivé un petit peu après. Je me suis sentie investie d’un devoir de transmission. Transmettre à mon fils Maximilian notre histoire familiale qui a été énormément marquée par cette déportation.

Block 46 a pris la forme d’un thriller parce que j’écris ce que je lis. Comme je suis une grande fanatique de romans policiers, ça devait forcément prendre cette forme-là. J’ai commencé à lire des romans policiers très jeune, c’est ma mère qui m’a mis mon premier roman policier – La Mystérieuse affaire de Styles d’Agatha Christie – et depuis que je suis tombée amoureuse d’un détective au crane en forme d’œuf ! C’est devenu assez obsessionnel dans mon quotidien et je ne m’endors plus sans avoir lu quelques pages d’un roman policier.

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Quelles recherches avez-vous entrepris pour écrire Block 46 ?

Ça a vraiment été le pied. J’ai tout d’abord commencé des recherches sur le profilage et j’ai été en contact avec deux profilers : un anglais, Leen Rainbow, et un canadien, Lars Cecily. Ils m’ont décrit le fonctionnement de leur métier, expliqué comment on écrit un profil criminel et orienté mes lectures. J’ai aussi été en contact avec un formidable enquêteur de scènes de crimes suédois, Lars-Åke Nordh, qui a répondu avec énormément de patience à toutes mes questions de profane. (Il me répondait en suédois et mon mari traduisait !) Je pense que sans lui j’aurais fait de nombreuses erreurs concernant la procédure. J’ai aussi eu un formidable expert, le sculpteur Pablo Posada Pernikoff, qui m’a aidé pour un autre personnage dont je ne parlerai pas ici, mais qui a été très utile.

Ensuite il y a eu la deuxième partie de ces recherches qui a été beaucoup plus difficile, plus lourde à digérer. Elles concernaient la Seconde Guerre mondiale. J’ai commencé par les témoignages de mon grand-père, ses écrits puis les livres qu’il avait laissés, qu’il avait préfacés ou commentés. Ensuite je suis passée à d’autres lectures comme L’enfer organisé d’Eugen Kogon qui parle de l’organisation du camp de Buchenwald – un livre absolument édifiant mais en même temps effroyable à lire – et le livre de Pierre Durand, Les Français à Buchenwald.

Ensuite j’ai lu ce qui a été vraiment le plus difficile : les témoignages des survivants des camps et donc des extraits des minutes du procès de Nuremberg. C’était essentiel pour le livre, mais ça a été abominable. On parlait d’une réalité que je n’aurais jamais imaginée, même si je connaissais bien sûr l’univers des camps et l’histoire. Je n’aurais jamais pu imaginer que la barbarie pouvait aller aussi loin que ça.

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Parlez-nous de vos deux héroïnes…

Je vais commencer par Emily Roy. (Alexis me pardonnera). C’est un transfuge de la gendarmerie royale du Canada, c’est une profileuse qui travaille maintenant pour Scotland Yard sous les ordres de Jack Pierce. C’est une femme secrète, ténébreuse, froide et je dirais qu’elle est même un peu asociale. Ça s’explique, sans vouloir la défendre, parce qu’elle ne vit que pour une chasse, la chasse des tueurs en série et elle a besoin d’être au plus près d’elle-même pour pénétrer dans la tête des serial killers pour pouvoir les pister et les arrêter. Ensuite nous avons Alexis Castells, la française au nom Catallan, qui est une écrivaine spécialisée dans les tueurs en série, dans le True Crime (un peu à la Ann Rule). Elle est plus sensible, glamour mais loin d’être lisse. Sa vie a été marquée par un drame dont elle n’arrive pas à se remettre : son compagnon, qui était policier, a été tué par un tueur en série qu’il essayait d’arrêter.

Voici donc le duo de femmes qui enquête dans Block 46 !

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Que pensez-vous avoir accompli avec ce livre ?

Ce serait présomptueux de ma part de dire que je cherchais à délivrer un message alors que j’ai écrit un roman policier. Je pense qu’il y avait plutôt la volonté de servir un devoir de mémoire à mon tout petit niveau, très humblement. Parce qu’il y a des associations, comme en France l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos qui font ça très bien. Mais j’avais envie de parler de cette page noire de notre histoire pour qu’elle soit vraiment tournée à jamais, de parler des crimes nazis, des camps de concentration, de la shoah. C’est ce que j’ai essayé de faire.

J’ai reçu à ce sujet un e-mail qui m’a bouleversé et qui aurait aussi bouleversé mon grand-père : j’ai été contactée par une jeune lectrice qui avait beaucoup aimé Block 46, mais ce qui m’a le plus touché, c’est qu’elle m’a dit qu’elle n’avait jamais été intéressée par tout ce intéressée par ce qui était lié aux crimes nazis, aux camps de concentration, à la Shoah mais Block 46 lui a donné envie de me renseigner. Je trouve ça absolument extraordinaire.


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