Générations Science-Ficton : Entretien avec Patrice Girod

Patrice Girod a vécu mille et unes vies, mais dans chacune d’entre elles, il semble que son destin soit lié de près ou de loin à la science-fiction et plus particulièrement à Star Wars. C’était donc tout naturel qu’il finisse par écrire un ouvrage sur cette passion dévorante avec son compère de toujours, le collectionneur Arnaud Grunberg.

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Bonjour Patrice, pourrais-tu te présenter s’il  te plaît ?

Je suis aujourd’hui directeur des expositions de sciencefictionarchive.com société qui s’occupe de gérer l’énorme collection d’objets de science fiction qu’a collectés Arnaud Grunberg. J’ai créé le Star Wars Magazine en 1995, que j’ai géré pendant quinze ans. Aujourd’hui je partage mon temps entre sciencefictionarchive.com et Starfix production qui produit des films. Je suis un couteau suisse et j’écris toujours dans le Star Wars Insider.

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Quel est le but de sciencefictionarchive.com ?

C’est venu d’un postulat lors de la rencontre avec Arnaud, en 2007. Il avait une énorme collection et souhaitait la partager avec le public. Moi, je venais de sortir de l’exposition Star Wars à la Cité des Sciences où, en tant que commissaire, j’avais choisi les objets et écrit les scénarios de l’expo. Ça avait été un énorme succès : plus de 750000 visiteurs.

L’idée initiale d’Arnaud était de créer un musée. Je l’ai un peu dissuadé de le faire parce que c’était trop risqué et coûteux à faire ; je lui ai proposé de s’inspirer de Georges Lucas avec ses Lucas Films Archives pour monter des expos itinérantes avec les sciencefictionarchive.com. C’est ce qu’on a fait en 2010 à La Cité des Sciences pour notre première expo : Science & Fiction Aventures Croisées. On a ensuite monté l’expo Robots aux Arts et Métiers puis une expo assez longue à monter sur les jouets Star Wars aux Arts Décoratifs, ce qui était une première mondiale.

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Qu’est-ce qui vous a amenés à faire le projet Générations Science-Fiction ?

Pour des raisons de timing et de budget nous n’avions jamais eu la possibilité de faire un beau catalogue d’exposition et nous voulions réaliser un ouvrage sur la science-fiction au travers de nos objets. Générations SF est donc plus proche d’un livre d’art qu’une encyclopédie de la Science-Fiction, car on essaie vraiment montrer tout ce qui nous passionne dans les objets : leur qualité et donc celles de tous les artisans qui travaillent sur les films : les costumiers, les accessoiristes, peintres, storyboarders, etc.

En gros, on voulait transmettre toute cette passion qu’on a pour les objets cultes dans ce livre. Nous avons tâché de rendre grâce aux objets en leur donnant un côté moins inertes que dans les catalogues d’expositions habituels, via une mise en scène pour qu’ils soient « vivants » tout au long des 280 pages du livre. C’est notre cinéphilie que nous avons mis en scène, en quelques sortes, en offrant un parcours retraçant celle de notre génération avec la place centrale que Star Wars a eu dans les années 80 et 90 et son impact sur le cinéma populaire moderne. Ce livre permet d’avoir un ouvrage valorisant notre collection en librairie et que les gens pourront ramener chez eux.

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Tu dis que Star Wars sert de squelette à l’ouvrage mais à quelles autres œuvres peut-on s’attendre à retrouver dans ce volume ?

On a plus de mille objets – voire même dix mille en comptant le merchandising – ce qui a nécessité de faire des choix terribles. Peut-être y aura-t-il d’autres ouvrages, plus tard? Mais il a fallu faire un mélange de tous les grands films. Il y a toute une partie dédiée à l’avant Star Wars avec les films et séries nous ayant marqués étant jeunes et qui étaient déjà dans cette mouvance. Puis Star Wars est arrivé avec sa révélation pour le public, mais aussi pour Hollywood qui s’est rendu compte qu’il y avait un public ado fan de films de divertissement qui allait voir Star Wars et Les Dents de la mer. Il y a par la suite eu tous ces films de divertissement qui ont suivi Star Wars : Rencontre du 3ème type, Star Trek, Retour vers le Futur, Blade Runner, Excalibur, etc.

Star Wars nous a aussi permis de nous intéresser aux films précurseurs et nous a préparés aux films de cette mouvance. Ce qui est marrant, c’est que nous sommes en train de faire le livre que nous avons toujours rêvé d’avoir. On le parcourt en écoutant les bandes sons des films. C’est une sorte de madeleine de Proust sensorielle.

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Parlons de cette sublime couverture…

On la doit à Paul Shipper. Je le suis depuis très longtemps sur Internet ; ça doit bien faire quinze ans. J’avais remarqué qu’on avait une passion commune pour la série Les aventures du jeune Indiana Jones dont il avait fait une belle peinture que j’avais mise sur un site de fan à l’époque. J’ai continué à suivre ce qu’il faisait. Et puis, ces dernières années, il a commencé à faire des peintures pour les CD de Battlestar Galactica et les ressorties DVD en Angleterre. Ce qui est très étonnant avec Paul, c’est que son style s’est vraiment amélioré avec le temps. Je pense qu’il doit être un peu autodidacte, il dessine un peu à la Drew (NDLR : Drew Struzan, of course) mais la composition est une de ses forces. Plus il a d’éléments, plus il va composer une image de façon merveilleuse.

Donc je l’ai contacté pour lui parler du projet et il a tout de suite été emballé vu que c’est un grand fan, comme nous, de ces films et qu’on est à peu près de la même génération. C’est un grand artiste et c’est dommage que le cinéma actuel ne fasse plus appel à ses services.

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Le livre est également un hommage à tous ces grands artistes derrière la création des affiches de cinéma comme Drew Struzan ou Bob Peak (Apocalypse Now, Excalibur). Ils faisaient des tonnes et des tonnes de protos avant d’arriver à la finale. Ils avaient un talent merveilleux. Par exemple, on présente dans le livre la toute première peinture des frères Hildebrandt pour Star Wars qui a servi à l’affiche en Angleterre et qui est un peu comme celle de Tom Jung (illustrateur du poster américain de l’épisode IV) mais dans un style plus Heroic Fantasy. Ce qui était merveilleux dans ces affiches, c’est que lorsqu’on les voyait étant jeunes, comme c’était du dessin et pas du photomontage (montrant un Luke un peu bodybuildé et la princesse ultra fine) ça suffisait à emballer notre imagination et nous faisait rêver, extrapoler sur ce que pourrait être le film.

Aujourd’hui, les affiches sont des photomontages. Hop, voilà, terminé. C’est ce que je n’aime pas dans le marketing d’aujourd’hui. Je trouve que l’apport des artistes notamment sur les affiches et les dessins de pré-production est merveilleux et tout le livre est un hommage à cela : les gens qui le liront et qui verront ces œuvres se diront « Waouh, c’est gens là ont un talent incroyable ! »

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L’ouvrage représente une quantité phénoménale de travail. Toute cette passion résumée en un seul bouquin constitue déjà une immense fierté, j’imagine. Mais est-ce qu’il y a un ou deux trucs dont tu es particulièrement fier dans le livre ?

Dans le livre, j’avoue que les pages Alien sont magnifiques. Les pages de Blade Runner aussi, mais bon ce sont deux films merveilleux de Ridley Scott.

Je tiens à tirer mon chapeau quand même à Arnaud Grunberg dont la collection merveilleuse a justement contribué à rendre le livre merveilleux. Il a fait un travail fantastique depuis 1989. Arnaud est un collectionneur par passion de beaucoup de chose en fait et pas que du cinéma. Il avait aidé son papa (fondateur de La Grande Récré) à l’époque de l’ouverture du magasin, juste au moment de la sortie du premier Star Wars. Il a commencé sa collection en parallèle de sa mise en rayon des jouets Star Wars.

En 1989 on est allé ensemble à l’avant-première de La Dernière Croisade en Angleterre et le lendemain, dans un comic-shop, on découvre au rez-de-chaussée un œuf du film Aliens de Cameron en fibres de verre. Arnaud a demandé au vendeur si c’était à vendre et le type lui a répondu que oui. J’avais essayé de le dissuader de l’acheter parce que je le trouvais horrible. Au final, il l’a acheté et s’est rendu compte du coup qu’il pouvait acheter et collectionner des objets de cinéma. Il a été très futé et il a commencé à contacter tous les gens qui avaient travaillé sur des grands films hollywoodiens, qui avait été tournés en Angleterre dans les années 80 : Aliens, Blade Runner, Star Wars et c’est comme ça qu’il a amassé une des plus belles collections au monde, bien avant Internet, bien avant que tout le monde s’y intéresse aujourd’hui. Il a été précurseur, là-dessus, et ça lui a permis d’avoir une collection absolument magnifique et captivante qui fait plaisir à travailler au quotidien. Même moi, ça fait cinq ans que je travaille là-dessus et je continue de découvrir aujourd’hui des objets. Donc si le livre est beau, c’est que la collection est magique, unique et qu’elle reflète la cinéphilie de son propriétaire. Arnaud n’est pas juste un acheteur d’objets, c’est un cinéphile passionné de cinéma, comme moi.

Dernière question. Je crois que c’est ton premier bouquin, est-ce qu’il y en aura d’autres ?

Alors, on espère que le succès sera au rendez-vous parce qu’avec une collection comme ça, il y a matière à faire plusieurs ouvrages. C’est un travail monumental qu’on a entrepris, mais pour nous qui sommes passionnés, c’est un vrai plaisir parce que les objets, on les voit dans des caisses mal éclairées et là, on les mets en scène : la maquette de Star Trek : La Colère de Khan n’avait pas été rebranchée depuis vingt-cinq ans et elle s’est allumée comme à l’époque ! Arnaud prend enfin plaisir à découvrir sa collection, parce qu’avoir des choses dans des tiroirs et dans des caisses, ce n’est pas pareil que de les montrer dans des expositions, comme des beaux bijoux bien éclairés où dans un livre où ils auraient été magnifiquement mis en scène par Benjamin Taguemount, qui a fait des photos fantastiques, ne l’oublions pas. On a eu une équipe de trois personnes qui pendant quatre mois ont fait un travail énorme de photographie. C’est pour ça que le livre en est exceptionnel : Benjamin est un réalisateur cinéphile et aussi un photographe de mode qui photographie de belles filles pour Vogue et Cosmopolitan. Et là, justement, il a mis son talent au service d’objets de cinéma qui peuvent être considérés comme underground ou sous-culturels pour une intelligentsia, mais ça n’a pas été son cas. Il a fait un travail merveilleux.

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