Dans les coulisses : l’achat des droits d’un livre

Comme vous le savez, on essaie ponctuellement de vous présenter les coulisses d’une maison comme la nôtre. Si certains de nos projets (l’impression à la demande, par exemple) nous donnent l’occasion de rédiger ces articles explicatifs, ce n’est pas le cas de celui qui va suivre.

On ne va évidemment pas trop entrer dans le détail, mais on souhaite malgré tout démystifier les différentes étapes de la vie d’un livre publié par Bragelonne. Et, en toute logique, on attaque par celle qui consiste à demander le droit de publier un bouquin, parce qu’on vous sait nombreux à vous demander comment tout ça fonctionne. C’est parti… 🙂

PRÉAMBULE

Nous allons prendre comme exemple celui d’un livre anglo-saxon, ce qui reste la situation la plus commune chez nous.

À la base, il y a un auteur. Appelons-le Mike.

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La logique anglo-étasunienne veut qu’il soumette son manuscrit non pas à une maison d’édition, mais à une agence. Ces entreprises peuvent être entièrement dédiée aux écrivains, ou ouverte à d’autres professions, comme celle de comédien. Si un agent apprécie le roman et qu’il estime qu’il gagne à être connu, il passe un accord avec l’auteur pour gérer ses affaires, représenter ses intérêts lors des négociations à suivre et le conseiller dans ses décisions. (Moyennant une commission, évidemment.)

C’est ainsi que Dona devient un « agent domestique » pour Mike. Elle contactera un ou plusieurs éditeurs locaux afin de leur présenter son nouveau poulain et de vendre les fruits de son imagination. C’est à elle qu’arriveront toutes les offres présentes et futures. On peut comparer le travail de Dona à celui d’un agent immobilier, à cela près que c’est une relation au long cours, pour peu que l’auteur rencontre un minimum de succès et qu’il ait d’autres projets.

THE PLACES TO BE

Internet a évidemment simplifié les relations professionnelles de notre métier. Mais il y a plusieurs moments dans l’année qui sont les grandes messes du marché mondial du livre. Tous les éditeurs de Bragelonne, de Stéphane à Isabelle en passant par Hania ou Alice, participent à différentes manifestations littéraires. Les plus importantes sont la Foire du livre de Francfort et la London Book Fair. C’est aussi le cas de Yolande, qui chez nous s’occupe de la cession des droits. Bref, toute la profession s’y rend pour connaître les tendances de demain et rencontrer une multitude de personnes.

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Souvent, c’est pendant ces événements qu’on peut repérer les livres qui entreront dans notre catalogue. Et, parmi eux, supposons qu’il y ait celui de Mike.

Mais cela ne se fait pas en claquant des doigts. Entre nous et Mike, il y aura bien évidemment Dona, mais aussi un certain nombre d’autres personnes. Il y a donc une certaine hiérarchie à respecter et il faut savoir qui fait quoi avant de les rencontrer…

GALERIE DE PERSONNAGES

Par l’intermédiaire de son agent domestique, Mike signe un contrat avec une maison d’édition locale qui s’est montrée intéressée par son livre. L’auteur peut ainsi entretenir une relation de travail avec un éditeur, Léo, qui apporte son expertise au roman, indiquant à Mike ce qui peut potentiellement améliorer le texte.

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Le but final de Léo est évidemment de commercialiser l’ouvrage sur son territoire ; les États-Unis, dans le cas présent. Mais celui de Mike et de Dona est idéalement de s’adresser à un public plus large : pas seulement leurs compatriotes, mais autant de lecteurs que possible dans le monde.

Trois choix s’offrent alors à eux.

  1. Dona peut se reposer sur la maison d’édition de Léo pour vendre les droits du livre à des éditeurs étrangers, comme Bragelonne pour la France et les territoires francophones.Parfois, nous sommes informés de telles opportunités par des Scouts. Ce sont un peu les Delta Force du secteur de l’édition : ils connaissent tout le monde, leurs oreilles traînent partout… Bon, présentés ainsi, ils peuvent faire un peu peur. En fait, ils renseignent les éditeurs sur l’actualité de l’édition et les informent des éventuelles particularités des marchés locaux. Ils travaillent pour plusieurs maison ; une par pays. Si un éditeur ignore qui il doit aborder pour poser telle questions, son Scout le sait certainement. Mais revenons à nous…Après avoir manifesté son intérêt, Bragelonne est mis en relation avec le service en charge de la cession des droits étrangers de la maison de Léo. Le responsable de ce service, Raph, peut aussi décider de faire appel à un intermédiaire français : un co-agent qui représentera les intérêts de Raph, Dona et Mike. Pour la forme, on va le nommer… Splinter.
  2. Si la maison de Léo ne dispose pas d’un service de gestion des droits étrangers, Dona peut mandater un autre agent littéraire qui sera chargé de représenter Mike à l’étranger.Cet « agent international », qu’on baptisera April (ben oui), aura à son tour le choix de traiter directement avec Bragelonne ou d’utiliser les services d’un co-agent français, comme Splinter.
  3. C’est plus rare, mais Dona peut aussi très bien décider de collaborer directement avec Bragelonne.

Vous avez pigé ? Non ? Relisez cette partie une ou deux fois…

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C’est bon ? Parfait ! C’était la partie compliquée. La suite coule de source. 🙂

Note : C’est assez rare de l’autre côté de l’Atlantique, mais la maison d’édition peut éventuellement servir d’agent littéraire à l’auteur. Si on se permet de vous en informer, c’est parce que c’est le cas pour nous. Nous représentons nos auteurs français, notamment durant les salons internationaux. Chez nous, c’est Yolande qui remplit ce rôle, comme on vous le disait plus tôt. C’est grâce à elle, et à la réputation de Bragelonne, que les romans de Pierre Pevel, Antoine Rouaud, Ange et bien d’autres sont traduits dans plusieurs pays étrangers.

POURPARLERS

À ce stade, Hania et le reste du service éditorial ont évalué le potentiel du livre. Ils comptent faire une offre à leur contact. (Selon le fonctionnement de leur choix : April, Raph ou Dona.) Nos éditeurs ne sont pas des commerciaux, mais l’expérience leur permet d’estimer le projet en fonction du label et du genre. Mais aussi de l’éventuelle réputation de l’auteur et du livre. Comme Mike est un tout nouvel auteur de Fantasy, le montant qu’on lui proposera a peu de chances d’être équivalent à celui qu’on offre pour un roman de Terry Goodkind, par exemple.

Mais il se peut que Dona croie dur comme fer en son auteur, raison pour laquelle elle négociera hargneusement. De plus, Mike prévoit une trilogie, Hania a donc tout intérêt à acheter les trois tomes en une seule fois, afin de négocier un prix pour l’ensemble du cycle. Cela peut être un argument supplémentaire pour démonter notre intérêt, surtout si certains de nos concurrents sont également intéressés. Si le cas se présente, un jeu d’enchères commence.

Ce n’est pas qu’une question de gros sous. L’éditeur sélectionné par Dona ne sera pas forcément celui qui a proposé le plus gros chèque. Elle peut demander à ce que l’offre financière soit accompagnée d’une stratégie de promotion du livre. Dans ce cas-là, les services commercial, marketing et de fabrication feront des propositions qui ajouteront un certain poids dans la balance.

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Il faut savoir que, dans une situation comme celle-ci, Bragelonne a de fortes chances de l’emporter. Parce que, seize ans d’expérience parlent pour nous, notre réputation joue en notre faveur. Bon nombre d’agents préfèrent nous confier leurs ouvrages car ils savent qu’on a globalement plus de chances d’installer durablement un nouvel auteur de Fantasy.

Une relation de confiance s’est installée entre les différents éditeurs, agents et auteurs avec qui nous travaillons depuis plus de seize ans. Pour preuve, je vous renvoie à cet article publié par Bradley Beaulieu sur son blog. L’auteur des Douze Rois de Sharakhaï (notre révélation de l’année, à paraître cet été en VF) y indique son contentement d’arriver dans notre catalogue. Vous imaginez bien qu’une telle marque de respect nous va droit au cœur !

LA PAPERASSE… PUIS LA FÊTE !

Une fois que tout le monde est d’accord, on formalise le tout par un bon vieux contrat des familles. Le document est élaboré et envoyé à toutes les parties pour qu’elles le signe. Puis on va boire des coups parce qu’on est ravis de compter un nouvel auteur de talent dans notre catalogue. (Pour info, il est rare que nous fassions une offre rien que sur le pitch de l’histoire. Mais ça arrive. Ce fut le cas pour Les Mensonges de Locke Lamora de Scott Lynch, par exemple. )

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La suite de l’aventure éditoriale se passe sur d’autres fronts : choix du traducteur, définition du plan marketing, fabrication de l’ouvrage… mais ce sont d’autres histoires qu’on aura sans doute l’occasion de vous raconter !

Voilà. Même si on n’a fait que tracer les grandes lignes, on espère que vous avez trouvé cet article instructif. On n’a pas évoqué le cas des auteurs auto-publiés, qui sont plus nombreux qu’avant, mine de rien. Mais, en y réfléchissant, on vous en dit certainement plus que n’importe qui sur le sujet.

Bon week-end !

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