Sharakhaï : le joyau du désert

Comme vous le savez, nous nous faisons un devoir, chaque année, de dénicher un ou deux blockbusters de Fantasy anglo-saxonne. Si Mage de guerre de Stephen Aryan marquait le premier grand moment de 2016 en la matière, le second que voici devrait faire battre encore plus fort votre petit cœur de lecteur…

Outre le fait d’être le sosie de Littlefinger de Game of Thrones, Bradley P. Beaulieu n’est pas un nouveau venu dans le petit monde de la Fantasy. Avant le cycle de Sharakhaï, ce Canadien avait publié deux recueils de nouvelles ainsi qu’une trilogie de Fantasy pour laquelle il a été nominé au David Gemmell Morningstar Award, en 2012. Des premiers pas tout à fait remarquables, mais loin des débuts de carrière fulgurants qu’ont pu rencontrer Scott Lynch ou Patrick Rothfuss.

Présenté ainsi, vous vous demandez sans doute ce qui a bien pu se passer pour que Brad se retrouve auteur vedette de 2016 pour Bragelonne. On vous répondra simplement : l’acharnement.

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Il y a environ trois ans, notre service éditorial avait lu la première mouture des Douze Rois de Sharakhaï. C’était très bien. Mais ça pouvait être bien meilleur encore. Encouragé par cette remarque constructive, manifestement partagée par certains bêta-lecteurs, l’écrivain travailla d’arrache-pied, en étroite collaboration avec son éditeur.

Près de deux ans plus tard, nous prîmes connaissance de la nouvelle version du roman. Et dire qu’elle est excellente serait un euphémisme…

Sharakhaï est le joyau des dunes. Centre culturel et pôle de négoce, la cité est dirigée depuis des siècles par douze tyrans immortels aussi cruels qu’omnipotents. Grâce à leur impressionnante armée, et surtout à leur garde d’élite, les Vierges du désert, ils ont assis leur autorité sur l’ensemble du territoire. Çeda a toujours haï les monarques. Pas seulement parce qu’ils écrasent tout espoir de liberté, mais aussi parce qu’ils ont ordonné l’exécution de sa mère. Résolue à se venger, l’orpheline est devenue l’une des combattantes les plus farouches de l’arène. Pour elle, chaque acclamation de la foule sonne comme un défi lancé au pouvoir.

La sainte nuit de Beth Zha’ir venue, elle décide de braver le couvre-feu. Ce faisant, elle tombe nez à nez avec les Asirim, terribles spectres qui, en échange de la protection qu’ils accordent aux monarques, ont tous les droits. Croiser leur chemin revient à trouver la mort. Pourtant, Çeda est épargnée. Plus incroyable encore, sa rencontre avec un Asirim éveille en elle un écho de son enfance. Confortée dans son désir de vengeance, la guerrière va retracer la mystérieuse histoire des rois de Sharakhaï et, ce faisant, résoudre les énigmes de son propre passé.

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À y réfléchir, toute la galerie de protagonistes créée par l’auteur canadien est aussi bien travaillée. Pas un seul de ses personnages ne manque d’intérêt. Dardzada l’apothicaire, Saliah la sorcière, Seyhan le marchand d’épices… À l’image de leur cité, ils présentent de multiples facettes.

Mais c’est Çeda qui vous servira de guide dans cette nouvelle grande saga. Il n’a fallu qu’un seul ouvrage à cette jeune femme téméraire et passionnée pour intégrer le cercle très fermé des personnages marquants de la Fantasy. Malgré l’austérité qu’elle affiche – et on n’en attend pas moins d’une gladiatrice qui a perdu ses parents –, on se surprend à apprécier très vite cette Katniss du désert. C’est le signe des personnages travaillés.

L’équilibre entre ses qualités et ses défauts et les relations qu’elle entretient avec les autres personnages forment la somme de son histoire personnelle, qui s’entremêle évidemment à celle de la cité. En fait, le lecteur se retrouve dans une position similaire à celle d’Emre. Très différent d’elle, ce dernier ne comprend pas pourquoi elle est sa meilleure amie. Il sait cependant qu’il la suivrait partout.

Parlons-en, d’ailleurs, de cette cité. Vous ne serez sans doute pas surpris d’apprendre que Sharakhaï est, elle aussi, un personnage à part entière. En effet, à la manière du Havrefer de Richard Ford ou de La Cité de Stella Gemmell, ce pôle de civilisation ne sert pas seulement de théâtre à l’intrigue. Mais Bradley Beaulieu se démarque de ces architectes littéraires, car, en érigeant les fondations de Sharakhaï, il a insufflé dans chaque pierre une sacrée dose de mysticisme bienvenue. Une caractéristique dérivant de son atmosphère exotique, bien loin du médiéval fantastique auquel nous sommes habitués.

En effet, vous n’aurez certainement pas manqué de discerner les décors arabisants du récit. Rares sont ceux qui utilisent un tel cadre, et plus rares encore sont les auteurs capables de se l’approprier correctement. Beaulieu réussit à enchanter son lecteur sans tomber dans la caricature. Que ce soit dans son architecture, dans les tenues de ses habitants ou dans leurs coutumes, Sharakhaï fourmille de détails séduisants. Le roman n’est pas seulement visuel, il est olfactif. En marchant dans les rues du Joyau du désert, vous serez assailli par les couleurs et les arômes d’un Orient qui déborde de magie.

J’ai rencontré certains des plus talentueux auteurs de Fantasy : Brandon Sanderson, Scott Lynch, Naomi Novik, Joe Abercrombie, Patrick Rothfuss, Hal Duncan, Brian
Ruckley et bien d’autres. Bradley P. Beaulieu a le potentiel d’être aussi doué, sinon meilleur que chacun d’eux.
Pat’ Fantasy Hotlist

L’auteur a été très exigeant avec lui-même, et cela se ressent tout au long de son livre, jusqu’à son bestiaire de créatures fascinantes ou son système de Magie du sang, élaboré et original. Beaulieu a parfaitement réussi à équilibrer son histoire. Ainsi, soyez rassuré si vous vous représentez une Sharakhaï un peu trop baroque : s’il a souhaité la situer dans des contrées méconnues, ce n’est pas sans perdre de vue les codes de la Fantasy épique, et vous pouvez donc vous attendre à énormément d’aventure et d’action. Si vous avez apprécié Blood Song, ou plus récemment Mage de guerre, vous serez servi !

Mais revenons à Çeda. Car, plus que tout, ce roman est une quête pour elle. Une quête de vengeance, ça, vous l’avez bien compris. Mais aussi, et surtout, une quête d’identité et d’espoir. En y réfléchissant, ce livre est une synthèse de toutes les œuvres de Fantasy qui nous ont fait vibrer au cours des dernières années. On y retrouve en effet l’art de la description d’un Peter V. Brett, le sens de l’action d’un Brandon Sanderson, la plume poétique d’un Patrick Rothfuss. Tout cela au service des thèmes cités plus haut.

Ce n’est pas sans raison que la critique anglo-saxonne a été excellente à sa sortie. De diamants bruts, Les Douze Rois de Sharakhaï sont devenus des pierres précieuses parfaitement taillées. Votre tour est venu de les admirer, par l’intermédiaire des premières pages du récit, qui sont à votre disposition ci-dessous.

Le roman est maintenant disponible en librairie et en numérique.
Bonne lecture et bon week-end !

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