Monsieur Pevel

Je viens lire les dernières pages de son nouveau roman à paraître en octobre chez Bragelonne : Les Lames du Cardinal.

J'aurais l'occasion de vous en reparler. Là, tout de suite, à 2.45, je voulais juste vous dire… 

… que c'est formidable. Absolument formidable.

C'est merveilleux écrit, superbement conçu, bougrement intelligent, vif, flamboyant, bourré d'action, de style, de panache !

Je suis très heureux et très fier d'être l'éditeur de ce roman et de monsieur Pevel.

Photo Pevel NB<-  c'est lui 🙂

Voilà, c'est tout… pour l'instant 🙂

Stéphane 

 

 

« Salut, c’est Patrice. »

Quand il appelait, il avait cette voix douce et acide à la fois, empreinte de complicité… et en même temps le ton d’un renard en train de mijoter un coup pendable.

Il faisait des simagrées dans son discours qui nous faisaient marrer, et nous méfier aussi, car elles étaient autant de masques qui, avec l’ironie et l’humour, témoignaient de l’habileté de l’homme à ne pas se montrer et à dresser des traquenards. De la pudeur, peut-être… Une timidité poncée par des années passées à négocier ? Et de la crapulerie, je n’en démords pas, une roublardise que j’ai eu le loisir de trouver sympathique, mais que d’autres ont dû jadis apprécier beaucoup moins… 🙂

Je suis mal placé pour lui rendre hommage ou en peindre le portrait ; je ne connaissais pas Duvic depuis longtemps. C’est surtout il y a quoi, trois ans ? à son départ de Pocket et son arrivée au Livre de poche que nous nous sommes liés, on aurait dit qu’il avait envie de nouveaux copains et de nouveaux partenaires d’affaires. Ce n’est pas certainement pas tout. Je ne sais pas trop, en fait. C’est parfois pas très clair, ça, pourquoi on a tout d’un coup des choses à se dire…

Bragelonne, j’ai remarqué, c’est souvent un repaire, un abri pour des gens un peu fatigués, dans le creux de la vague, qui ont un coup dur, qui ont besoin de marquer une étape, comme lors d’une longue marche, boire un café, bavarder de boulot ou pas, de livres ou pas. C’est pas mal dû à Névant, je crois, il les accueille, il s’entend bien avec ces gens-là, dans ces moments-là. Alors voilà, et pas seulement les éclopés, juste ceux qui font une pause dans leur cheminement, ils passent de temps en temps, comme des voyageurs revenus de loin et y reprenant la canne pour repartir, les Lehman, Pelot, Duvic…

Duvic venait pour parler boulot, pour picoler, pour réfléchir, ricaner pas mal c’est vrai ; et j’aimais beaucoup ça, réfléchir avec lui. Il venait prendre plus d’infos qu’il n’en donnait, bien sûr, on n’apprend pas à un vieux singe… mais c’était le deal, et je l’acceptais. En même temps c’était super flatteur qu’un briscard comme lui vienne nous demander notre avis sur le montage d’une collec de Fantasy en poche. Comme s’il avait besoin de notre avis…

« Oui, bon, heuuuuuuuu…. »

Cependant il y avait autre chose qui s’exprimait, là. Quand on échangeait sur l’horreur, au sujet de la nouvelle collection L’Ombre de Bragelonne, il disait souvent : « ah ben moi, je savais y a dix ans, maintenant je sais pas si c’est toujours vrai… » De la part du mec qui a eu le pif de publier Buffy quand la distribution de Flammarion, son concurrent, haussait les épaules avec dédain, et dont les ventes explosives ont sauvé le Fleuve noir, no comment. 🙂

Pourtant, Patrice était fatigué. Plus envie de se battre, « de se faire chier avec tous ces cons », comprenez : la grosse machine des groupes, les marketeux, les commerciaux, tous ces gens qui vous mettent des bâtons dans les roues quand vous proposez un projet et s’enorgueillissent de son succès faute d’avoir réussi à l’enterrer…
Je crois qu’il avait fait tout ce qu’il avait à faire en tant qu’éditeur. Et qu’il aurait mieux fait de poser les armes et de se remettre à écrire. Mais comment parler de retraite à un animal pareil ?

C’était un drôle de type, et un type drôle. Son ironie permanente, critique, désinvolte, était ravageuse. Il y a quelques mois, on quittait Bragelonne ensemble en métro (on habitait dans le même coin), devant regagner nos pénates… et envisageant d’aller plutôt boire un coup, « parce que, bon, heuuuuu… tu vois, heuuuuu… » et il me racontait qu’il ne se sentait pas bien au Livre de poche, que les gens ne le comprenaient pas. Ah ben oui, Patrice, c’était une sorte de faune socratique, qui m’aime me suive, va comprendre Charles. Il fallait le capter à demi-mot, tenter des pistes, déplacer des pions, piger les allusions, et en réponse aux questions on n’avait souvent qu’un grand sourire velu. Et dans un truc comme le Livre de poche, on avait autre chose à foutre qu’à essayer de saisir les oracles d’un silène comme lui.

« Allez, bises ! »

Sa disparition m’a beaucoup plus affecté que je ne l’avais imaginé, j’avoue. Sans doute parce qu’on pouvait s’y attendre depuis un petit moment. Mais aussi parce que je n’avais pas d’affection particulière pour lui. Il m’intriguait. Je me méfiais. Et comme tout le monde me disait que j’avais raison de me méfier… il en devenait d’autant plus intriguant !
Quand il est mort, j’ai pensé : « putain, on commençait tout juste à devenir amis. » Un peu comme quand mon père est mort, j’ai dit : « je ne sais pas d’où je viens ». L’évidence brutale d’un dialogue rompu pour toujours. On n’en saura pas plus.
La disparition de Patrice m’a poussé à réfléchir à ce que laisse un éditeur. Peut-on parler d’œuvre ? Je sais remarquer que lorsqu’un lecteur parle de ses livres préférés, il y a souvent un éditeur qui se dessine derrière, qu’une passerelle s’établit ainsi entre les choix d’un éditeur et les choix d’un lecteur. L’un a aimé ce que l’autre aime à son tour. C’est beau de pouvoir dire à quelqu’un qui confesse son amour pour Anne Rice, Jonathan Carroll, Peter Straub, Thomas Harris, Graham Masterton ou Graham Joyce par exemple, qu’il peut les lire parce qu’il y a un mec qui les a publiés et s’est parfois battu pour ça, en l’occurrence pour cette liste, Duvic. L’horreur en France ces 30 dernières années, c’est lui. Ainsi que mille autres choses, de Philip K. Dick à Dragonlance.
C’est ainsi que le travail d’un éditeur trace un sillon dans l’existence de dizaines de milliers de personnes. Mais pour s’en rendre compte il faut être éditeur soi-même ou du moins travailler dans l’édition. Duvic ne la ramenait pas. Enfin pas trop. En tout cas infiniment moins qu’il aurait pu au regard de son parcours et de son palmarès. Et je n’évoque là que l’éditeur. Duvic était scénariste, réalisateur, intervieweur, anthologiste, traducteur, écrivain…
Il était l’un de nos aînés, et nous l’aimions comme tel. Alain et moi gardons sans cesse à l’esprit ce que nous devons aux grands éditeurs qui nous ont accueillis, aidés, conseillés… qui ont aussi tenté de nous arnaquer, forcément ! A la fête de mes 10 ans d’éditeur, y avait Goimard et Duvic. Je ne peux pas vous dire combien ça m’a touché.
Duvic était de tous ceux-là sans doute le seul avec qui on pouvait pleinement partager le dogme absolu, l’ultime commandement : « au moins, on s’est bien marré ».
A sa mort, j’ai balancé un mail à nos contacts anglo-saxons habituels ; j’ai reçu en retour plein de mails de gens à qui je n’avais pas écrit : des grands écrivains comme Christopher Priest, Robert Holdstock, des éditeurs mythiques comme John Jarrold. Et que me disaient ces gens, en substance : oui c’était un grand éditeur, un grand amoureux de l’imaginaire, mais surtout, avec Duvic, on en a bu des coups, on en a passé des bons moments !

La dernière fois qu’il est passé au bureau, je lui ai demandé d’écrire ses mémoires ou qu’on fasse des interviews. Il a éclaté de son rire rauque et toussant, m’a regardé par-dessus ses lunettes (j’ai eu l’impression d’être un mioche avec un cartable sur le dos) et m’a répondu, les yeux pétillants : «pourquoi faire ? je suis juste un vieux con.»
Enfoiré. Tout pour ne pas en devenir un, hein, de vieux con ?

Tu me manques.
Stéphane

 Photo (c) Pat Cadigan
photo (c) Pat Cadigan

 

Pourquoi James Bond chez Bragelonne ?

Gemme demande : « quelle est la concordance entre le catalogue brage’ actuel et James Bond ? C’est quoi pour vous, un défi, un pari, une occas’ à ne pas rater ? »

 

Merci, Gemme, pour ta question. Déjà, sache que tu as gagné une montre RTL, c’est super, non ? La prochaine fois, tu pourras gagner un dîner avec Manu, ou, si tu n’as pas de chance, Sacdos te racontera une blague.

Réponses :

Un catalogue d’éditeur est globalement déterminé par deux choses : une tendance majeure qui permet l’identification par les lecteurs (Brag c’est essentiellement de la Fantasy, et dans une moindre mesure de la SF, de l’horreur et de l’humour) et qui assure le meilleur potentiel commercial (repérage, fidélisation…), d’une part ; et les envies des éditeurs, d’autre part, qui peuvent déroger à la tendance majeure pour des raisons aussi profondes et rationnelles que… « ouais ça a l’air cool hij hij hij ».

Ca veut dire que dans le premier cas, nous choisissons des ouvrages qui conviennent à l’évidence à notre ligne éditoriale, et dans le deuxième cas, nous nous demandons dans quelle mesure nous pouvons prendre le risque de faire un bouquin qui ne semble pas correspondre au catalogue Bragelonne = que les lecteurs ne percevront pas comme un Bragelonne. Ces risques sont divers. Ils concernent notamment le positionnement en rayons de librairie : Brag est au rayon SF-Fantasy, du coup on doit à chaque fois se demander si le livre en question devrait y être ; s’il s’avère qu’il aurait de meilleures chances de toucher son public dans un autre rayon (polar ou littérature ou sciences humaines, par ex), ça se complique, et il se peut qu’on décide de ne pas le publier à cause de ça. Et on se dit : « dommage, mais on peut pas », ou « c’est un livre super, mais il n’est pas pour nous ».

Ceci dit, ce sont les envies des éditeurs qui font évoluer la tendance majeure. Il n’y avait pas d’humour chez Brag jusqu’à ce qu’on ait envie de publier Lord of the Ringards, mais là encore on avait l’excuse de la parodie du roman de Fantasy le plus connu, donc c’était pas si loin. Pour la SF et l’horreur, il nous a vite paru évident qu’il valait mieux créer des collections dédiées, justement pour montrer que ces genres devenaient des tendances du catalogue = pour que ces genres soient identifiés comme tels grâce à un design de couverture spécifique, des sorties régulières etc.

Mais il reste que certains ouvrages se suffisent à eux-mêmes et n’entrent pas dans une collection (et représentent donc en principe les plus gros risques commerciaux et de confusion par rapport au catalogue), parce que le fait de les associer par principe à un genre ne serait pas pertinent, et parce que c’est cet auteur, c’est ce livre que nous tenons à faire partager, plutôt que les genres et tendances dont il serait éventuellement issu. Exemples : Davi Calvo (Wonderful), Michael Marshall Smith (Avance rapide), James Lovegrove (Days), Graham Joyce (Lignes de vie, En attendant l’orage, et en février prochain Les Limites de l’enchantement), Mélanie Fazi (Arlis des forains), Jérôme Camut (la série Malhorne)… Ce que nous appelons entre nous les « OVNI ». Le choix de ces ouvrages est souvent le plus excitant parce que la mission d’un éditeur n’est pas seulement de faire plaisir à ses lecteurs en leur proposant des livres que a priori ils aimeront, c’est aussi de les surprendre en disant, en quelque sorte : « ce livre n’a à première vue aucun rapport avec notre ligne habituelle, et pourtant il nous paraît essentiel de le publier, c’est dire si on l’aime ! »

Donc, pour en venir à Bond, ta question sur la « concordance » porte sur ces réflexions-là : en effet, James Bond ne s’inscrit pas dans une tendance majeure de Brag en ce qui concerne le genre, puisque nous ne publions pas de romans d’espionnage. Toutefois, la concordance d’un ouvrage avec le catalogue Brag se traduit également par une sorte de « flirt » avec ces tendances majeures, c’est-à-dire que d’une façon ou d’une autre, James Bond a à voir avec les émotions que nous aimons ressentir et propager : l’aventure, l’exotisme, l’évasion, l’action…

Et en outre, par une envie d’éditeur qui n’est pas complètement chaotique, puisque même les tendances majeures découlent de ces désirs-là. En un mot, nous savons bien que nos lecteurs ne lisent pas que de la Fantasy, qu’ils aiment aussi plein d’autres genres, auteurs, films etc. Comme nous. Comme tout le monde. Du coup, la concordance est avant tout une convergence : nous aimons des auteurs aussi différents que Terry Goodkind et Graham Joyce, pourquoi pas vous ? C’est un principe très important de Bragelonne : on fait ce qu’on aime, on espère que vous aimerez aussi, tout en tenant compte des contraintes inhérentes au marché du livre (comme le positionnement en librairie évoqué plus haut), dont le problème crucial est : comment faire pour que ce livre arrive sous les yeux du lecteur qui devrait l’aimer ?

Tous ses aspects, et d’autres encore, sont entrés en ligne de compte avant de décider de publier Casino Royale. Mais au fond, la question essentielle était : est-ce qu’on en a envie ? Est-ce que ça nous ressemble ? Est-ce que ça pourra faire plaisir à nos lecteurs ? Et, partant : est-ce qu’on en a assez envie pour affronter toutes ces difficultés de format, commercialisation, promotion, copyright… ?

Heu… grave ! :)))

Cela nous ressemble parce que James Bond est l’un des héros de notre jeunesse. Il fait partie de ces personnages, de ces ambiances, de ces dynamiques de récit qu’on a adorés quand on était gamins et qu’on aimera toujours, parce qu’ils font partie de nous, de notre histoire, parce que ça nous fait plaisir. Comme Star Wars, Indiana Jones, Tron, Dune, etc. Quand on dit à la team Bragelonne : « Hé… James Bond ? » et qu’ils répondent : « Cool ! » ou « Délire ! » avant de commencer à réfléchir aux questions que tu poses, ça veut dire ça. C’est nous, c’est à nous. Nous avons toujours dix ans. 🙂

Mais James Bond, c’est pas n’importe quel personnage cool. C’est aussi l’une des plus grandes licences mondiales. C’est la plus longue saga au cinéma. C’est un classique de la littérature populaire.

Tu sais, Bragelonne a une particularité qu’on n’aperçoit pas facilement en France. Lorsqu’Alain ou moi sommes à l’étranger et que nous décrivons notre catalogue de Fantasy, nos interlocuteurs pensent que nous sommes une énorme boîte, parce qu’un petit éditeur ne peut décemment pas avoir autant de best-sellers comme Goodkind, Gemmell, Feist, Brooks etc. Bond, c’est pareil : c’est la confiance qu’on nous accorde, pour la qualité de notre travail, l’importance de nos ventes, la force de notre réputation, et les relations amicales que nous entretenons avec nos partenaires internationaux, qui nous permet aujourd’hui de tenter une aventure comme Casino Royale.

Cela représente donc quelque chose de très important pour Bragelonne, en termes d’image, mais aussi en ce qui concerne la pénétration du marché. Car Casino Royale ne sera pas au rayon SF-Fantasy. Il sera fortement mis en avant dans les grandes surfaces culturelles (Fnac, Virgin…) et les supermarchés. Car Bond est connu par un public beaucoup plus large que les fans de Fantasy. Il s’agit donc à la fois d’un défi très périlleux et d’une opportunité à ne pas rater, comme tu dis.

Au final, très franchement, Casino Royale n’est pas pour nous un super plan fric. Loin de là. Si ça marche, tant mieux. Si c’est bof, ben… on aura fait de notre mieux. On aura permis à Pierre Pevel d’être le traducteur de Ian Fleming. On aura bu des Martini dry avec la délicieuse Jessica, agent des héritiers de Ian Fleming. Et on restera les éditeurs de James Bond.

Et ça, c’est plutôt cool 🙂

Stéphane / Marsus

Mon nom est Bond

J’ai vérifié hier soir les traceurs de Casino Royale.

 

(les traceurs, ce sont les pages du roman envoyées par l’imprimeur, telles qu’elles seront dans la version imprimée définitive de l’ouvrage – autrement dit, la toute dernière chose à vérifier avant l’impression)

Eh bien, ca fait quelque chose.

C’est marrant, j’ai mis longtemps à prendre conscience que nous étions devenus les éditeurs des romans James Bond de Ian Fleming. Parce que ça s’est fait… un peu par hasard, en fait. Je vous raconte ?

Allleeeez…

Bon, d’accord, je vous raconte.:)

Vous savez que nous achetons les droits des livres étrangers à des agents, dont c’est le métier de représenter des auteurs, de fournir des informations à leur propos aux éditeurs, de négocier les contrats etc.

Il se trouve que l’un de ces agents anglais représente quelques séries de Fantasy. Pas beaucoup, mais quelques unes qu’on aime bien et qu’on lui a donc achetées. Un jour que je recherchais un raccourci qu… heu non, que je regardais vaguement sur le Net quels étaient les autres auteurs dont cet agent s’occupe, je vois son nom lié à Ian Fleming. Je lui envoie donc un mail, à moitié ironique, du genre : « alors tu es une Bond girl ? »

Elle me répond : « Oui, je représente l’oeuvre de Ian Fleming, pourquoi ? »

« Heu… comme ça. C’est marrant. »

« Ca dépend. Là, c’est moyen marrant, me répond-elle, car en ce moment je passe mon temps à essayer de faire le point sur toutes les éditions des romans James Bond dans le monde et c’est le bordel [bon ok elle parle pas comme ça, mais c’est l’idée, ils sont comme ça les Anglais, pour vous faire comprendre que « c’est le bordel » ils utilisent 8 phrases très polies et indirectes, je résume là, voyez ?]. »

En effet, après des dizaines d’années d’exploitation diverse, l’agent doit  parfois essayer de savoir quelles éditions sont toujours en vente, épuisées, buggées etc. Parce que les éditeurs ne se pressent pas de l’en informer, ou ont oublié, surtout si ce sont de vieilles éditions.

Elle poursuit : « Pourquoi, ça t’intéresse, grand fou ? [bon ok elle m’appelle pas grand fou, mais c’est l’idée, je résume je vous dis!!!] »

« Bah, heu, bredouillé-je [bon ok on peut difficilement bredouiller dans un email mais vous voyez le tableau], sais pas, faut y réfléchir… tu peux m’appeler « grand fou » de nouveau, pour voir? »

A partir de là, on y réfléchit (si, si), avec Alain et Olivier. Quel potentiel commercial aujourd’hui ? Qui lit Bond ? A quand le prochain film ? Sera-ce une adaptation d’une histoire de Fleming ou un scénario original ? Le publier dans quel format ? Refaire tous les Bond ou seulement le nouveau? Dans quel ordre ? Refaire la traduction ou reprendre les anciennes ? Et si on refait la trad, qui s’y colle ? Et au fait, que viendrait faire James Bond dans le catalogue Bragelonne ? Et est-ce que ça va nous coûter la peau des fesses ? etc. etc.

Et on l’a fait. Dans les rues vous pouvez voir l’affiche de Casino Royale, l’adaptation du tout premier roman de Ian Fleming que Bragelonne publiera le 16 novembre prochain. Je vous promets que voir tous les jours en immense dans la rue la couverture du prochain Bragelonne, ça fait bizarre. 🙂

Les traceurs, hier, c’était un peu pareil. C’était cool. 🙂

Marsus / Stéphane

 

 

 

 

 

La foire de Francfort (3)

Tenez, des exemples…

L’agence Vicinanza inclue rarement un nouvel auteur dans sa liste. Ce qui est aussi une indication de la qualité de ses ouvrages – ils sélectionnent un max !

Alors quand un nouvel auteur arrive chez eux, on bondit. Dernier en date : Fiona McIntosh.

Le Don,  premier tome de la trilogie du Dernier Souffle de Fiona McIntosh, sort le mois prochain chez Bragelonne. C’est le meilleur roman de Fantasy de l’année. Voilà !

Il y a un an ou deux, à Francfort, Simon Spanton, éditeur chez Orion-Gollancz à Londres, à qui nous avons déjà acheté Stan Nicholls (Orcs), James Barclay (Les chroniques des Ravens), Richard Morgan, Steph Swainston, les parodies d’A.R.R.R. Roberts, James Lovegrove (Days), Graham Joyce (Lignes de vie) etc. (que du bon !!!) me dit d’entrée : « j’ai un nouveau roman, d’un nouvel auteur : Scott Lynch. Son roman de Fantasy, c’est la rencontre de Ocean’s Eleven et George R.R. Martin. »

Bon, ça a l’air rigolo. Il poursuit : « J’ai là une demi-page de présentation et deux pages de texte. »

Ah. C’est pas beaucoup. Je jette un oeil. Et je tombe amoureux du truc.

Ca s’appelle Les Mensonges de Locke Lamorra, ça sort en février 2007 chez Bragelonne. Gollancz l’a vendu en 14 langues !!!

Et le plus fort, c’est que la plupart des éditeurs ont acheté comme moi sur la foi de quelques pages !!! Mais je vais vous dire, quand j’ai lu la suite, oh putain… que c’est bien. Que c’est bien !!!

Voilà… Les belles petites histoires de Francfort…

A suivre ! 🙂

 

La foire de Francfort (2)

L’un des trucs passionnants dans ce genre de foire, c’est bien sûr d’avoir des infos sur les prochains livres qui vont paraître.

Surtout que les agents et les éditeurs nous parlent de romans qui sortiront parfois dans un an, voire plus, dans leur pays d’origine (USA, Grande-Bretagne…). Du coup, c’est assez excitant. Ah tiens, tel auteur qui n’a pas publié depuis longtemps est de retour? Pourquoi ce genre de roman ? etc. On a de l’info vachement en avance.

En outre, au bout d’un moment, on peut repérer les « goûts » des agents et éditeurs. Ainsi, un roman représenté par Vicinanza (agent de Stephen King, Michael Crichton, John Grisham, Robin Hobb, George R.R. Martin… excusez du peu !!!) a plus de chances, statitisquement, d’être un grand roman et/ou un best-seller (dans la liste ci-dessus c’est 90% les deux, amha) que s’il est représenté par Bidule.

La familiarité et la connaissance mutuelle qui s’établissent avec les années entre le « vendeur » et « l’acheteur » potentiel permettent également de mieux s’accorder. Ils voient maintenant quels sont les romans qui sont plutôt pour Bragelonne, et je sais quels sont les agents/éditeurs qui les proposent. Je suis aussi en mesure de les aiguiller sur le marché français, leur dire : ce roman n’est pas pour Bragelonne, par contre je pense qu’il devrait plaire à tel autre éditeur de SF ou de Fantasy en France…

Ca n’empêche pas, bien sûr, d’avoir des surprises : de voir un bouquin susceptible de m’emballer dans la liste (anglicisme : « list » est l’équivalent de « catalogue » pour un agent/éditeur) de quelqu’un qui jusque-là n’avait rien qui puisse m’intéresser.

On y fait aussi de belles rencontres. Par hasard tomber sur l’agent d’un auteur qu’on essaie d’avoir depuis longtemps sans savoir à qui s’adresser. Ce fut le cas cette année, mais je ne peux pas encore vous dire de quel auteur il s’agit ! 🙂

Bref, on se renseigne sur ce qui va arriver et on se positionne sur les ouvrages les plus intéressants.

Ca donne aussi une idée des tendances. Quand on voit de plus en plus de livres d’un certain genre proposés par les agents ; quand on voit se développer une certaine tendance chez un éditeur ; quand on voit que plusieurs autres pays européens ont acheté un certain titre, on se dit: mmh, faut jeter un oeil à ça.

En outre, la foire de Francfort est un lieu de business pur. De deals. Parfois c’est vraiment spectaculaire, du genre l’éditeur s’assoit à la table de l’agent et dit : « Je veux ce livre. Mon offre est de tant. Je pense que c’est la meilleure offre que vous aurez et elle est valable 5 minutes. J’attends. » Ca s’appelle une pre-emptive offer. Si l’agent refuse, espérons pour lui qu’il aura une autre offre aussi bonne ultérieurement. S’il accepte, il a vendu son bouquin, au risque d’avoir plus tard une autre offre, meilleure, qu’il ne pourra pas accepter. C’est rigolo, non ? 😉

Ben moi je fais pas ça (non, je suis pas rigolo, voilà). Je ne fais pas de deal sur table à FF.  D’abord parce que, à Bragelonne, on n’est pas des flambeurs, et ensuite parce qu’on préfère montrer qu’on est les meilleurs par la qualité de notre travail plutôt que par des offres mirobolantes. 🙂

Ce qui veut dire qu’il nous arrive de nous faire souffler un bouquin parce qu’un autre éditeur a offert beaucoup plus d’argent (normal, c’est le jeu, agents et auteurs ont besoin de manger) ou a fait un package deal : pour obtenir ce livre, il en achète un autre dont il n’a rien à foutre. Alors, ça, nous, jamais !

A suivre…

Stéphane / Marsus

La foire de Francfort (1)

La foire du livre de Francfort, qui existe depuis le moyen âge, est le plus grand et le plus important rendez-vous d’affaire de l’édition mondiale.

 

C’est l’événement annuel qui fait paniquer les responsables de droits (les gens dont le travail dans une maison d’édition est de gérer les droits des ouvrages, essentiellement vendre les droits de traduction, parfois acheter). Avant FF (Frankfurt), ils ne dorment plus, bossent comme des fous, pour être prêts à temps parce que c’est là que beaucoup de choses se jouent. Et après FF, il faut faire le « follow-up » (le suivi, envoi des exemplaires de lecture demandés, finalisation des accords, rédaction et négociation des contrats…).

Avec ma copine Kerry Nordling, de la maison d’édition américaine St Martin’s Press, on appelle ça la « Frankfurt Frenzy ». Quelque part pendant l’été, l’un de nous deux (le premier a gagné) envoie un mail à l’autre dont le sujet est : « Frankfurt Frenzy’s back again!!!! » ou « Ready to get Frankfurt Frantic? ». C’est un code qui veut dire « au cas où tu ne t’en serais pas encore rendu compte, tu es déjà à la bourre pour tes rdv de FF, ha ha ha » et « au fait, on a rdv tous les deux ou pas ? » Et pourtant… l’une des malédictions de FF, c’est que ça fait des années qu’on n’arrive plus à se prévoir un rdv, Kerry et moi! :))) Heureusement qu’on se croise toujours dans un bar pour qu’elle m’explique que Maxime Chattam est trop beau…

A FF, le jeu c’est : vous avez 5 jours pour placer le plus de rdv possible entre 9.30 (officiellement, en fait c’est souvent 9.00) et 18.30, à raison d’une durée d’une demi-heure. Faites le calcul. Notre agent pour l’international, Patricia, parvient la plupart du temps à faire 10 rdv par jour, soit 50 rdv en 5 jours de foire (et elle en refuse). Plus les rdv inopinés (« excusez-moi, on n’a pas rdv mais j’aimerais vraiment vous parler 5 minutes »)… L’année dernière elle avait 70 rdv !!!

Bon, tout le monde ne fait pas ça. La plupart des éditeurs ne passent qu’un jour ou deux. Mais lorsqu’on essaie de vendre des droits de traduction et qu’en plus on est curieux, c’est une occasion extraordinaire d’avoir un aperçu de toute l’édition mondiale.

Bref, je suis vanné. Mais j’ai des dizaines de pages de notes, une tonne de catalogue, des extraits de manuscrits, des bouquins à lire fissa… Plein d’infos que j’ai hâte de partager avec l’équipe de Bragelonne.

Et surtout, l’un des aspects les plus intéressants pour moi de cette foire, c’est de revoir tous mes collègues de l’édition de SF & Fantasy dans le monde. Dès le début de Bragelonne, grâce à Alain, j’ai tissé des liens amicaux et complices avec l’édition anglaise, et grâce à Patricia, avec le reste du monde. Je suis allé en Allemagne, Croatie, République tchèque, Pologne, Slovénie, Slovaquie, Espagne, Grèce etc. pour voir un peu comment ça se passait là-bas et rencontrer les éditeurs. J’ai maintenant l’honneur et le plaisir de faire partie du cercle des grands éditeurs du genre dans le monde : Jürgen et Jacques en Hollande, Sascha, Volker (éditeur de Loevenbruck et Gaborit), Stephan, Friedel, Carsten, Stefan en Allemagne, Vladimir (éditeur de Colin) en Rép. tchèque, Luis, Alejo, Paco (éditeur de Pevel) et Pepe (éditeur de Loevenbruck) en Espagne, Jacek en Pologne, Nikolaï (éditeur de Colin), Varya (éditrice de Loevenbruck) et l’équipe d’Azbooka en Russie, Sevi (éditrice de Loevenbruck) en Turquie, Ivana (éditrice de Loevenbruck, décidément il en a des éditrices ravissantes, ce bâtard !), Pirko en Finlande, Simon, Jo, Gillian, Darren, Tim, Peter, Stefanie, Jane, Simon, Selina en Angleterre etc. etc.

C’est un plaisir et un avantage, comme on dit. C’est l’un de ces moments où je suis fier de voir où ma carrière et l’extraordinaire travail de l’équipe de Bragelonne m’ont mené. 🙂

Allez, la suite au prochain numéro…

Stéphane / Marsus